« LA VIE EN CAMION PENDANT LE CONFINEMENT : COMMENT S’Y ADAPTER ? »
- This World

- 21 avr. 2020
- 5 min de lecture
Certains vous parleront d’un mode de vie façon baroudeur, d’autres d’un choix audacieux et risqué. Néanmoins tous ceux qui ont choisi de tenter l’aventure vous clameront en cœur la même chose : avant d’être marginale, la vie en camion vous invite à découvrir le voyage et la liberté. Voici plusieurs témoignages aux profils variés se retrouvant contraints à vivre l’expérience du confinement de façon inédite.

Van, camion ou « camtar », camping-car, quel que soit le véhicule choisi, chaque motivation est au final à peu près la même pour chacune des personnes adeptes de ce mode de vie hors norme. Beaucoup souhaitent prendre des distances face à un système sociétal qui semble devenir de plus en plus conformiste. Sur le groupe Facebook « Camion, un art de vivre », bon nombre de « camtareux » , comme ils aiment se qualifier, ont décidé de loger dans leur habitat nomade de façon permanente. Cédric explique notamment qu’en ces temps particuliers de crise sanitaire, différents lieux au grand air accueillent ces voyageurs aguerris. « Pour être franc, c’est différent dpour tout le monde… Certains se rassemblent à plusieurs camions sur un terrain, d’autres sont bloqués dans les stations de ski (ce cas concerne notamment les personnes qui effectuent des jobs saisonniers ndlr), d’autres sont seuls posés au milieu des vignes comme moi pour être au calme et isolés. Et puis il y en a d’autres encore qui se retrouvent au milieu des champs ou des forêts en attendant un prochain job afin d’avoir des revenus. » Il termine finalement son commentaire en précisant que beaucoup rencontrent des problèmes face aux forces de l’ordre, comme David Laffargue dont il partage la vidéo Youtube « Les difficultés du confinement en van ». Car oui, la confrontation gendarmerie versus voyageurs vivant en habitat mobile demeure une véritable source de stress et de problèmes pour de nombreux conducteurs de camion. L’auteur de la dite vidéo raconte ainsi son expérience personnelle sur le sujet. Il explique qu’après avoir perdu son job saisonnier en Suisse à cause des mesures de confinement imposées suite à la crise du Covid-19, celui-ci se retrouve finalement au coeur d’un virulent conflit.
Ce désaccord l’oppose à une poignée de gendarmes souhaitant que ses compères et lui quittent très rapidement les lieux qu’ils ont décidé d’occuper (un peu contraints par l’urgence) dans le sud de la France. D’après le jeune homme, la situation devient alors encore plus délicate lorsque vous n’êtes pas titulaire d’une attestation stipulant que vous êtes « des gens du voyage », et ce même lorsque c’est parfaitement ce que vous êtes dans les faits. La vidéo est alors ponctuée d’extraits montrant les gendarmes évoqués plus haut se montrant plutôt agressifs et intransigeants face à ces personnes se retrouvant dans une position des plus délicates à cause de la limitation des déplacements sur le territoire. En outre, aucune faveur ne leur est accordée malgré le bon respect du confinement de la part de ces jeunes baroudeurs. Des menaces sont ensuite proférées par les agents de la paix, rapidement les verbalisations tombent et David ajoute même qu’il est victime d’abus de pouvoir. Il n’oublie cependant pas de nuancer son récit en concluant que d’autres organismes ont heureusement su se montrer bien plus coopératifs. Ces derniers ayant en effet tout mis en oeuvre afin de trouver rapidement une solution comme la mairie et la police du village qu’il occupait, ainsi que la préfecture. D’autres appuient ainsi ce témoignage qui concernent plus de personnes qu’on ne pourrait le soupçonner : « Cette société ne veut pas de nous, ça tombe bien car on ne veut plus d’elle non plus. Vivons cachés, vivons heureux car confinés ou pas, ça ne change finalement pas grand chose pour nous ! ». Cédric explique ensuite que les adeptes de la vie en van ou en camion incarnent en grande partie le commerce de fruits et légumes français ainsi que celui du vin. D’après lui, la quasi majorité des travailleurs saisonniers subissent un système professionnel qu’il qualifie « d’emplois jetables » où tous « encaissent le rythme de travail soutenu, le soleil, les intempéries, la poly-activité, et la promiscuité liée à ce mode de vie ».
Il semble également que même en dehors des périodes de pandémie, certains rencontrent des difficultés de stationnement sur les terrains à proximité de leur lieu de travail. Ang, un conducteur de camping-car, témoigne à son tour : « Le confinement c’est toute l’année car je limite constamment mes déplacements (question d’autonomie). Je n’ai pas de boulot depuis 7 ans mais c’est un choix volontaire car quoiqu’on en dise, lorsqu’on espère que le système change alors il faut arrêter d’être servile. Je suis confiné mais la nature abondante est magnifique, le temps vaut tellement plus que tout l’argent du monde. Je préfère être en accord avec des valeurs de décroissance et je suis donc au paradis ! ». Il exprime n’avoir aucun regret car plus le temps passe, et plus il ressent la confirmation d’avoir fait le meilleur choix de vie. Enfin, une jeune femme répondant au nom d’Amélie nous partage à son tour son expérience plus différente encore. Aux côtés de son compagnon, elle explore l’Europe au volant de leur camion aménagé depuis maintenant deux ans afin d'effectuer des jobs en tout genre. Elle principalement dans la restauration et lui, dans le bâtiment, puis ils rejoignent le domaine agricole lorsque se terminent les périodes de travaux saisonniers. Lorsqu’elle parle de sa « maison mobile », elle insiste sur le fait que ce qui est exaltant dans ce mode de vie, c’est comme pour beaucoup, la liberté et l’autonomie.
Du fait que la voyageuse et son petit-ami ne possèdent plus d’adresse fixe personnelle, adopter un mode de vie nomade permet de « se sentir partout chez soi, que ce soit dans un camping, sur une aire d’autoroute, dans la forêt, le long de la plage, à la montagne, etc. ». En ce qui la concerne, le confinement se passe plutôt bien pour le jeune couple mais elle précise : « Il est vrai que ce n’est pas toujours simple de vivre à deux dans six mètres carrés… Mais la richesse de notre mode de vie en vaut la peine. Nous rencontrons régulièrement un panel de personnes toutes plus intéressantes les unes que les autres. Nous vivons notre confinement de façon plutôt sereine tout en s’occupant tant bien que mal (tricot, lecture, rangement, bricolage, jardinage…). ». Finalement ce qui ne cesse de ressortir de tous ces récits, c’est bel et bien que la vie en habitât mobile n’est pas de tout repos et exige de nombreux sacrifices mais reste tout de même riche et passionnante. Et vous, pourriez-vous un jour vous abandonner à ce mode de vie hors du commun durant quelques mois dans l’année, ou bien même pour toujours ?



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