Tourisme humanitaire : les dessous d'un nouveau business
- This World

- 2 avr. 2020
- 4 min de lecture

Voyager en ayant bonne conscience grâce un séjour humanitaire ce concept d'un nouveau genre est en vogue et se nomme volontourisme.
Partir en voyage en se rendant utile auprès des populations locales, voilà la nouvelle tendance que de nombreuses agences de voyage vous proposent.
Spécialisées dans le tourisme humanitaire de nombreuses agences voient le jour attirées par un business lucratif. Le principe est simple; vous choisissez la durée, entre deux semaines et trois mois le plus souvent, la destination dont le choix peut varier selon vos envies; aider des orphelins au Sénégal ou bien s'occuper de personnes handicapées en Chine ? Une sorte de catalogue vous est proposé, comme si vous deviez choisir vers quel type de misère vous avez envie de vous tourner et de vous investir durant un certain temps.
Les touristes payent le prix fort pour se donner bonne conscience
De nombreux organismes se sont spécialisés dans ce nouveau type de tourisme, Projetcs Abroad est l'un des plus connus. Partir aider au bout du monde a un coût et pas des moindres, compter pour un mois de mission près de 2500 euros dans certains cas sans le prix du billet d'avion. Sur place hébergement simple, chambre souvent partagée avec d'autres volontaires et repas de bases vous seront servis. Alors certes vous n'êtes pas là pour le grand luxe mais bien pour aider, cependant il faut tout de même se demander à qui bénéficie cet argent ? La plupart du temps, une partie sert à payer les personnes chez qui vous logez ou bien le centre qui vous accueille. Une autre part assez importante va à l'organisme qui vous a préparé votre voyage.
Etre bénévole au sein d'un orphelinat au Cambodge durant trois semaines, tout en découvrant le pays grâce à des visites c'est possible grâce à l'agence International Volunteer pour près de 1100 dollars.
Sur ces 1100 dollars, l'orphelinat cambodgien ne touchera que 5 dollars par semaine. Les marges des agences spécialisées dans le volontourisme sont en effet élevées, entre 30 et 40%, contre 2 à 3% dans l'industrie du tourisme traditionnel. Cela pose question sur les réels bénéfices financiers qu'en tirent les orphelinats de ces nouvelles pratiques.
Des orphelins... qui ne le sont pas
Au Cambodge, ce business a transformé les orphelinats en véritables attractions touristiques. Le nombre d'établissements a triplé ces huit dernières années au fur et à mesure que les volontaires ont débarqué. En trente ans, le nombre d'orphelins est lui passé de 7000 à 47'000, selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).
Selon Emmanuelle Werner directrice de l'ONG Friends International Suisse, qui lutte pour la protection des enfants. "Plus de 80% de ces enfants ont au moins encore un parent en vie et des orphelinats sont créés de toutes pièces afin de répondre à la demande de ce nouveau genre de tourisme qui ne fait qu'accroître."
D'autres pays connaissent également un accroissement impressionnant de leur nombre d'orphelinats et de faux orphelins comme le Népal où le gouvernement a décidé de réagir en organisant le renvoi d'enfants afin qu'ils retrouvent leurs parents et leurs familles pour la plupart très pauvres et qui pensaient seulement envoyer leurs enfants s'instruire et à qui ont leur avait promis un tas de choses.
Une aide dont la population pourrait se passer
Dans certains pays, des villages voient passer à longueur de journée un ballet sans fin de touristes avides de nouvelles expériences et de rencontres avec les locaux. La plupart du temps le même schéma se répète; arrivée des touristes qui même sans expérience vont couler du béton, participer à la construction d'une école, construire des abris pour la population...certains vont même installer des pompes à eau enfin la plupart du temps ils laissent cette tâche assez complexe aux salariés sur place puis vont se faire prendre en photo à côté de la pompe ornée d'une plaque avec le nom de l'heureux touriste et donateur qui aura l'impression d'avoir fait une bonne action.
Des villageois ont raconté qu'au bout de plusieurs jours les pompes à eau ne marchaient déjà plus et seraient remplacées de nouveau par de nouvelles apportées une fois de plus par les touristes du monde entier. Selon eux tout le travail fourni par les volontaires pourrait être réalisé pas les gens vivant sur place et cela ne leur serait d'aucune utilité. Dans les écoles aussi les enfants doivent s'habituer sans cesse à voir leur professeur changé de visage au cours des semaines, tantôt un américain un jour, puis un japonais la semaine d'après. On leur fait répéter sans cesse les même leçons et exercices, dès qu'un nouveau volontaire arrive c'est reparti pour la même chose déjà vue et revue par les élèves. Cela ne leur permet donc pas de progresser, l'anglais leur est enseigné par n'importe qui sans évolution de l'apprentissage, avec toujours les même mots appris et répétés à longueur de temps. Comme dans les orphelinats beaucoup sont placés dans des fausses écoles pour jouer un rôle et satisfaire les touristes qui pour la plupart ne se doutent de rien et voient cette expérience comme quelque chose d'unique et de positif. Le volontourisme n'a pas fini de faire parler de lui...



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